Article original
Sud Presse · Région Sports, p.15 · Vendredi 24 décembre 2004 · Par Benoît Jadot
La page telle qu'elle était parue. Région Sports, p.15.
Titre original
Jérémy De Vriendt : le bon blé qui lève
À l'instar de ce qui se passe parfois dans notre Royaume, les instances du foot namurois ont tendance à accepter les avis qui font de notre province un lieu où le talent footballistique demeure plutôt rare. Une impression qui ne résiste qu'un temps à l'analyse si l'on considère le nombre de nos représentants dans les cercles de D1 ou D2, la plupart du temps titulaires dans leurs clubs. Considérons même l'étranger et plus particulièrement la Hollande où Jérôme Colinet émerge au noyau de Roda Kerkrade.
Quelle belle équipe pourrions-nous former avec lui et autres Siquet, Camus, Defays, Detal, Suray, Stilmant, Akgül, Sbaa et autres Gürsever. À ces joueurs déjà plus ou moins routinés, nous pourrions ajouter trois jeunes émergeant dans le groupe du Standard de Liège : Maxime Baijot (Graide), Laurent Gomes (Floreffe) et dernier en date, et non des moindres, Jérémy Devriendt, 3e gardien du club liégeois à l'âge de 18 ans. C'est à la progression de celui-ci — intrôné pro en juillet — que nous nous sommes attachés à travers son formateur actuel, Christian Piot, et à son modèle et coéquipier, Vedran Runje.
Le portier liégeois des glorieuses années '70, toujours aussi ouvert et sympathique, accepte de détailler les qualités de son joueur. "Je me dois d'insister sur une chose peut-être évidente mais primordiale, entame notre interlocuteur : s'il a rejoint le noyau A, c'est que ses qualités l'y destinaient. Jérémy a dû subir un temps d'adaptation tout à fait normal. Principalement, au niveau sportif : le rythme de travail, les frappes des adultes... tout est différent. Cette période de transition est terminée à l'heure actuelle car il a assimilé la quantité de travail journalier à présent. Au niveau de son intégration humaine, celle-ci s'est faite très rapidement, de façon naturelle. Au sein du groupe, il est respecté par tout le monde. Lui-même est arrivé avec beaucoup de respect pour les autres et un sens de l'écoute important. C'est aussi un travailleur qui est fort appliqué et tire une expérience nouvelle de chaque conseil qu'il reçoit. Pour moi, depuis un mois, il est parfaitement dedans et a acquis le rythme professionnel. Il garde encore une grande marge de progression, notamment au niveau explosivité, même s'il est bon sur sa ligne."
De beaux compliments dans la bouche d'un ancien grand international. Vedran Runje a appris lors de ce reportage que, même avant son retour du Standard, il constituait la référence de Jérémy De Vriendt. "Je l'ignorais, confirme le gardien titulaire des Liégeois. J'ai pu remarquer sa force de travail et son sens de l'écoute qu'il met au service de son talent. Du point de vue technique, il a déjà beaucoup progressé notamment dans les prises de balle. On sent qu'il est enclin à suivre des conseils tant de Christian Piot que de moi-même. C'est un garçon toujours souriant et qui présente quelques similitudes avec moi en ayant connu des conditions peu évidentes, notamment dans ses trajets pour venir au stade."
En plus des deux mentors déjà cités, Jérémy De Vriendt a pu compter sur son papa, Michel, entraîneur diplômé des gardiens de l'UR Namur, pour lui dispenser quelques entraînements supplémentaires. "Pas cette année mais j'ai reçu régulièrement ses bons conseils", confirme le jeune homme. L'illustre paternel, qui avait lui-même rejoint le noyau des Rouches à 16 ans, ne s'est pas contenté du volet sportif. Il a réuni quelques sponsors pour offrir un véhicule à Jérémy pour rejoindre Sclessin. "J'en profite pour remercier les amis qui n'ont pas hésité à contribuer à cet outil précieux pour mon fils", glisse le grand Mich.
La force de travail du jeune moustièrois n'a pas échappé à son coach, Dominique D'Onofrio. Informé de la séance supplémentaire de tirs à laquelle s'était soumis Jérémy avec son copain Cédric Roussel après l'entraînement — on ne voyait quasi plus les deux joueurs —, il avait simplement répondu : "Oui mais avec Jérémy, c'est souvent comme cela."
Jérémy, vous venez de terminer les tests physiques de mi-saison. Où vous situez-vous par rapport à vos coéquipiers ?
Vu les quelques résultats que je connais, je pense que je suis dans la bonne moyenne.
Une confirmation que vous avez acquis le rythme d'un noyau pro. La transition ne fut pas évidente dans les premières semaines…
De fait, la préparation physique d'un noyau pro n'est pas comparable avec ce que j'avais vécu auparavant. C'est vraiment assez corsé. Le stage de préparation à Spa fut rude. Et, durant la saison, chaque entraînement doit être exécuté à du 100% pour conserver tous ces acquis. Je pense que progressivement je suis parvenu à assimiler les séances dispensées par Christian Piot.
Cette nouvelle vie n'est pas évidente surtout pour vous qui êtes toujours étudiant.
Je suis ma dernière année de comptabilité à l'Institut Marie-José. Heureusement, mes professeurs sont assez compréhensifs et j'ai des copines qui complètent gentiment mes cours quand il y a lieu.
Un jeune qui arrive comme vous dans un noyau pro doit quand même se sentir intimidé ?
Au contraire, c'est un super groupe qui m'a d'emblée très bien accueilli. Il y règne encore un esprit assez familial, à l'image du club. Je m'entends bien avec tout le monde, peut-être plus particulièrement avec Mémé Tchite et Karel Geeraerts. Cédric Roussel, avec qui j'ai partagé la chambre à Istanbul lors de la Coupe d'Europe, est aussi très sympa.
Quels sont les moments forts que tu as vécus jusqu'ici avec les Rouches ?
Surtout l'annonce par Monsieur Boccar — que je remercie au passage ainsi que Jean Nicolay — de mon passage dans le noyau pro, ainsi que le match amical disputé en période de préparation à Malmédy. C'est une énorme fierté pour moi de porter le maillot d'un club si prestigieux avec une tradition réelle au niveau des gardiens de but.
Ta marge de progression est encore grande. Que voudrais-tu toi-même améliorer rapidement ?
Mes prises de balle, mes dégagements et me muscler pour pouvoir m'imposer plus aisément dans mon rectangle. Ce sera certainement le cas avec des profs d'exception comme MM. Piot et Vedran Runje, qui est vraiment un super et n'hésite jamais à donner des conseils aux jeunes. J'espère que je posséderai un jour la même rage de vaincre que lui. Je les remercie comme MM. Bourlard et Lukalu, mes anciens coaches en équipe d'âge à Charleroi, mes parents et mon tonton, Patrick Catrain, qui m'a longtemps véhiculé. C'est un peu grâce à eux que je suis là.
22 ans plus tard — Jérémy De Vriendt
Je retrouve cette coupure et quelque chose se serre. Ce n'est pas de la nostalgie — c'est de l'émotion. Parce que des personnes présentes sur ces photos ne sont plus là.
Christian Piot. Je le croise encore de temps en temps. Il n'a pas changé. Cette sérénité, cette gentillesse — c'est toujours lui. Ce que l'article ne dit pas, c'est que c'est Christian qui a fait la passerelle : c'est lui qui a fait en sorte que Vedran me prenne sous son aile. Un an avec ces deux-là, c'était une autre planète. L'univers professionnel n'a rien à voir avec les équipes de jeunes — les frappes, le rythme, l'intensité quotidienne. Je ne pouvais pas avoir de meilleurs guides.
Vedran Runje. Je ne suis pas sa carrière de près, mais j'ai vu passer qu'il avait rejoint le staff d'AC Milan en décembre 2024 comme goalkeeper coach, avec Sérgio Conceição. Ils ont remporté la Supercoppa Italiana en janvier 2025 — un retournement de 2-0 contre l'Inter en finale. Puis direction Al-Ittihad à l'été 2025. Ce n'est pas une surprise : c'était déjà un super à l'époque. Une rage de vaincre que j'admirais. Je lui souhaitais exactement ça.
Dominique D'Onofrio. "Oui mais avec Jérémy, c'est souvent comme ça." Ce passage dans l'article, c'est exactement lui. Proche de ses joueurs, naturel, il ne se prenait pas la tête. Des souvenirs de restaurants en groupe où il était simplement lui-même. Des moments dans la saison où ça a été plus difficile, et où il m'a aidé à garder la tête droite. Il est parti le 12 février 2016, à Buenos Aires. Arrêt cardiaque. Il avait 62 ans. En mission de recrutement pour le FC Metz. Ça fait encore bizarre de l'écrire.
Cédric Roussel. "Quand Jérémy et Cédric font du zèle, ouvrez les phares." Ce titre m'a toujours fait sourire. On s'entraînait après l'entraînement, on cherchait les tirs supplémentaires, on ne voulait pas partir. On avait partagé la chambre à Istanbul pour la Coupe d'Europe. Il est parti le 24 juin 2023, à 45 ans — une embolie pulmonaire, sur la terrasse d'un café à Mons. C'est récent. Et ça se sent en regardant cette photo.
Moi à 18 ans. Je pesais 79 kilos. Sur les photos, on voit mes petites jambes. Je voulais améliorer mes prises de balle — et j'avais raison de le vouloir, parce que je n'avais pas encore compris le mécanisme pour avoir cette sécurité dans les prises hautes. Ça m'a pris du temps. À 21 ans, j'étais un Goliath — peut-être un peu trop. Guy Namurois, notre préparateur physique, était exceptionnel. Il est parti lui aussi — arrêt cardiaque en février 2012, à 51 ans, lors d'une sortie VTT en famille.
Ce que j'essaie d'être aujourd'hui. Quand j'entraîne à Aureak, j'essaie d'être quelque part entre Christian Piot — la sérénité, la douceur qui rassure — et Daniel Maty, qui était fougue et animation pure. J'y ajoute ma propre touche, une certaine créativité pédagogique. Ces entraîneurs ont fait une partie de ce que je suis. Cette coupure du 24 décembre 2004, c'est une époque folle résumée en une page. Ce que ces gens m'ont donné, je l'emmène avec moi dans chaque séance.
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